LA DYSORTHOGRAPHIE

 

 

C’est l’incapacité d’écrire correctement sa langue maternelle chez un sujet qui au demeurant est d’une intelligence normale, a suivi un apprentissage scolaire normal et est indemne de toute lésion sensorielle ou motrice. 

L’incapacité d’écrire correctement est un corollaire de la dyslexie. Apprendre l’orthographe présume une organisation mentale complexe. Un enfant qui présente des difficultés d’ordre phonologique, de perception auditive et/ou d’orientation spatio-temporelle va peiner dans le choix des correspondances phonèmes-graphèmes. N’arrivant pas à automatiser, l’enfant est obligé de réfléchir à tout ce qu’il met par écrit d’où une lenteur et surtout une surcharge cognitive très grande.

Pourquoi l’écriture du français est-elle si problématique ?

  • Le français est une langue marquée par une grande variété au niveau de la correspondance phonème-graphème. Pour 36 phonèmes, on compte près de 190 graphèmes.

 

  • Le français occupe une place particulière parmi les langues écrites de type alphabétique. Son orthographe est dite « profonde », la correspondance phonème-graphème n’est pas régulière. Par exemple, pour le son [o], on répertorie 19 écritures différentes (o, au, eau, os, ôt, op, aut, aud, eault…). A cela, s’ajoute également des lettres muettes (d, h, s, t, x...), des écritures grammaticales (nt…), des homophones grammaticaux (as-a-à) ou lexicaux (verre, vert, vers, ver, vair…)….

 

  • Le français est une langue très ancienne qui a beaucoup évolué depuis son apparition. Certains mots n’existent plus ou ont vu leur orthographe modifié avec le temps, d’autres sont crées en fonction des progrès de la vie quotidienne. Les mots nouvellement crées sont souvent empruntés à d’autres langues d’où un vocabulaire d’une infinie richesse et d’une grande complexité.

Les difficultés de notre langue sont donc deux ordres :

-         des difficultés d’ordre phonèmique (correspondance grapho-phonèmique irrégulière)

-         des difficultés d’ordre morphologique (richesse du vocabulaire, évolution des mots, expressions idiomatiques…)

  

Comment identifier une dysorthographie ?

Les anomalies les plus classiques rencontrées sont

·        des erreurs de copie : le jeune dysorthographique a du mal à recopier correctement un mot sans faire de faute. Lors de la copie du tableau sur la feuille, on trouve des omissions ou des rajouts de lettres. Le passage de la verticalité à l’horizontalité n’est pas maîtrisé. L’empan mnésique peut ne pas être suffisant pour garder en mémoire les lettres ou les mots à recopier. L’enfant, souvent hésitant, est obligé de revenir plusieurs fois sur les mêmes lettres pour vérifier son écriture d’où des erreurs et une lenteur dans l’acte de copie.

·        une segmentation difficilement maîtrisée : l’enfant dysorthographique effectue des découpages de syllabes ou de mots très aléatoires.

·        des omissions, des inversions, des substitutions  ou des simplifications syllabiques : du fait de trouble de la discrimination auditive et de la programmation phonologique, le dysorthographique oublie des syllabes (ex : marmelade devient marlade – brave devient barve – barde devient tarde – brebis devient bebi)

·        des erreurs de conjugaison et de grammaire : le dysorthographique peine à mémoriser les règles. Souvent, en exercices ciblés, les résultats sont très corrects mais en production spontanée, du fait de se concentrer sur le contenu de son récit, il en oublie les règles de construction de la langue. C’est le problème de la double tâche.

·        une pauvreté des productions : Le dysorthographique répète souvent la même chose, manque de vocabulaire ou de variété dans les structures syntaxiques. Les écrits restent très longtemps simplistes voire enfantins.

·        des fautes d’orthographe : le français est riche en graphèmes souvent difficiles à mémoriser. La polysémie des mots va souvent de pair avec une polysémie de l’écriture.

·        des confusions visuelles et auditives : les plus courantes p/b/d/q, m/n, t/d, c/g…

 

 Quelles remédiations mettre en place ?

Quelque soit le degré de sévérité rencontré, il convient de mettre en place une prise en charge pluridisciplinaire (orthophoniste, psychomotricienne, psychologue)  en lien avec l’enseignant de la classe. L’orthophoniste travaillera les situations langagières.  La psychomotricienne fera un travail sur le schéma corporel et l’organisation spatio-temporelle.  Le psychologue  mettra l’accent sur la ré-assurance, l’estime de soi et veillera à ce que l’enfant ne s’enferme dans une spirale de l’échec.  Restera à l’enseignant spécialisé de travailler les acquisitions de cycle en tenant compte des paramètres travaillés par les différents para-médicaux et en adaptant, si nécessaire, les supports pédagogiques utilisés (agrandissement, interlignage spécifique…) d’où un travail régulier d’échanges entre les différents partenaires.