LA DYSLEXIE

 

« La dyslexie est une difficulté persistante d’apprentissage de la lecture, en dehors de tout trouble perceptif (déficit d’acuité visuelle, auditive, ou d’affection neurologique) chez un enfant d’intelligence normale, exempt de troubles psychiques et alors qu’il a été normalement scolarisé ».

Organisation Mondiale de la Santé

 

 

La définition de la dyslexie

Du grec "dus" qui signifie "mauvais"et "lexis" qui signifie "mot", la dyslexie est un trouble persistant de l’acquisition du langage écrit caractérisé par de grandes difficultés dans l’acquisition et dans l’automatisation des processus nécessaires à la maîtrise de l’écrit (lecture et écriture-orthographe). Il s’agit d’un trouble spécifique du développement entraînant une grande difficulté à identifier les mots.  Mais toutes les difficultés de lecture ne sont pas des dyslexies

La dyslexie est un ensemble de difficultés spécifiques et durables des apprentissages fondamentaux de la lecture et du langage écrit chez un enfant ou un adulte présentant par ailleurs :

- un niveau intellectuel normal 

- une absence de troubles sensoriels ou perceptifs (audition, vue)

- une absence de troubles psychologiques primaires prépondérants durant les apprentissages initiaux 

- un environnement affectif, social et culturel normal

- une scolarité classique.

 

Le critère de durabilité implique qu’on ne parle de dyslexie qu’à partir du moment où le retard de lecture se situe entre 18 et 24 mois par rapport à la norme.

Le caractère significatif fait référence plus à l’aspect spécifique du trouble eu égard aux potentiels globales de l’enfant qu’à un degré de sévérité.

 

On distingue 2 types de dyslexie

 

- la dyslexie acquise : troubles de la lecture consécutifs à un traumatisme ou à une lésion cérébrale.

- la dyslexie dite développementale : ensemble des difficultés spécifiques de l'enfant lors de l'apprentissage de la lecture.

 

La dyslexie est un trouble qui met l'enfant dans une grande difficulté pour acquérir les techniques du langage qui lui permettraient d'apprendre à lire, à écrire, à s'exprimer oralement. La dyslexie a souvent pour corollaire la dysorthographie.

 

 

Les origines de la dyslexie

Le débat quant à son origine est animé chez les scientifiques :  entre les partisans d’une origine neurologique et ceux d’une origine psychologique, réactivant la polémique entre l’acquis et l’inné. En effet, la dyslexie a longtemps été soupçonnée d'être due à un défaut éducatif, une faible intelligence ou des troubles psycho-affectifs (manifestation d’une difficulté affective préexistante, refus de communication lié à un trouble profond de la personnalité…). Psychologie et Psychanalyse estiment que les difficultés rencontrées dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture sont le signe à la fois d’une difficulté de structuration intérieure (intégration des émotions, gestion des conflits), et, corrélativement, d’une difficulté d’intégration de la dimension « symbolique ».

Dans les années 70, l’imagerie médicale révolutionne le monde médical. Les scientifiques privilégient alors d’autres pistes dont l’approche neurologique et génétique du trouble.

 

Les causes de la dyslexie sont multifactorielles :  

  • trouble neurologique (atteinte du fonctionnement du cerveau)

On sait aujourd’hui que le cerveau du dyslexique est biologiquement différent de celui du non-dyslexique. L’imagerie médicale montre que les dyslexiques n’utilisent pas les mêmes parties de leur cerveau lors de la lecture que les personnes qui n’ont pas de troubles de lecture. En fait, chez les dyslexiques, les parties du cerveau qui sont normalement impliquées en lecture sont sous-activées.  En outre, il existerait au niveau cérébral des anomalies de répartition du volume des deux hémisphères (tantôt l’hémisphère dominant a un volume supérieur à la moyenne tantôt on a un volume identique pour les deux hémisphères).

Le corps calleux (lame substance blanche responsable de la communication entre l’hémisphère droit (perception spatiale) et l’hémisphère gauche (centres et circuits spécifiques du langage)) serait également hypertrophié.

Des recherches post-mortem en 1985 sur des patients ayant souffert de dyslexie ont montré la présence de nombreuses zones ectopiques (des amas anormaux de plusieurs milliers de cellules en excès, réalisant de véritables " verrues " corticales). à l'origine d'un mauvais traitement des sons. Le cervelet jouerait également un rôle clé dans la dyslexie. Son dysfonctionnement  entraînerait un déficit de la boucle articulatoire pénalisant ainsi la mémoire phonologique à court terme et un trouble de la conscience phonologique.  

Enfin, les dernières recherches s’orientent vers un déficit de la voie magno-cellulaire, voie qui gère la séquentialité des informations visuelles.

   

  • déterminisme génétique 

La dyslexie serait programmée dans notre code génétique. La probabilité d’être dyslexique serait de 50% si un de nos parents est dyslexique et elle est de 70 % si on a un jumeau ou une jumelle identique qui est dyslexique. De plus, on note une prédominance chez les garçons.

   

  • déficit du traitement phonologique et de la représentation mentale de la parole (conscience phonologique et conversion grapho-phonémique défaillants).

 

     Les différents types de dyslexie

 

·        La dyslexie phonologique :

Ce type de dyslexie implique un trouble avec le décodage des sons qui correspondent aux unités de mots. Les enfants ne parviennent pas à maîtriser la phase alphabétique et à automatiser les règles de l’assemblage (confusion des lettres et des sons, inversions de syllabes, conscience phonologique absente ou limitée), ils accèdent difficilement à la phase orthographique et à la reconnaissance globale du mot (voie de l’adressage). Le lecteur n’utilise que sa voie globale d’où de grandes difficultés à lire les mots nouveaux et les non-mots.  Le décodage est partiel, l’enfant est souvent en train  de « deviner ». Pour écrire, ces élèves tentent, soit de retrouver des formes en mémoire, soit de transcrire phonétiquement ce qu’ils entendent. Ils sont incapables de déchiffrer.  De plus, leurs écrits sont souvent peu intelligibles.

 

 

·        La dyslexie lexicale ou dyslexie de surface

Les enfants maîtrisent la phase alphabétique et la voie de l’assemblage. Ils déchiffrent correctement les mots composés de syllabes régulières ( t et a = ta) mais ne peuvent décoder les mots irréguliers (monsieur, femme, paon, oignon…). La voie de l’adressage leur est fermée. Il maîtrise mal l’orthographe de mots entiers. L’accès au sens est fortement perturbé. La mémorisation à long terme de mots nouveaux est très problématique. L’enfant n’arrive pas à se constituer de lexique interne. Il n'aime pas lire et rejette souvent les matières ou les activités qui font appel à l'écrit. La lecture est lente car très hachée (décomposition des mots par segments). Ils sont incapables de comprendre.

Cette dyslexie s’accompagne de nombreux troubles associés (dyscalculie, dysgraphie, dysorthographie…). Les règles d’orthographe sont difficilement mémorisées : un même mot peut être écrit de différentes façons dans un même texte. A l’oral, l’enfant est pertinent et très participatif.

Souvent, ce type de dyslexie passe longtemps inaperçue car l’enfant arrive à décoder. Les difficultés apparaissent souvent en fin de cycle 2 début de cycle 3 quand les textes sont longs et que la vitesse de lecture intervient.

 

·        La dyslexie sévère mixte

Les enfants présentent à la fois une dyslexie phonologique et une dyslexie de surface. Les deux voies de lecture (assemblage et adressage) sont touchées. Une correspondance grapho-phonémique déficitaire et une absence de lexique interne en sont les principaux caractères. Dans ce cas, la rééducation est généralement longue et fragile.

 

·        La dyslexie visuo-attentionnelle

Les enfants ont une bonne mémoire orthographique des mots mais ne peuvent transcrire les sons en lettres. Ils ont un déficit de l’attention visuelle : beaucoup de confusions avec des mots orthographiquement proches, une attention très aléatoire et un balayage visuel défaillant (erreurs visuelles p/q b/d, substitutions). La lecture est lente, hésitante et l’enfant saute souvent des lignes.

 

·        la dyslexie lettre par lettre

L’enfant épelle les mots réguliers ou non lettre par lettre. C’est une dyslexie assez rare.

Les dyslexies/dysorthographies sévères se manifestent généralement dès le cours primaire, alors que les atteintes plus légères peuvent passer longtemps inaperçues et ne se révéler qu'ultérieurement.

 

    Le diagnostic de dyslexie

Il est indispensable que le diagnostic se fasse le plus tôt possible, de préférence dès la maternelle .On pose le diagnostic de la dyslexie lorsqu'il existe un décalage de 18 à 24 mois de décalage  ou + 2 DS à un test normalisé.dans l'apprentissage de la lecture et pas avant. Le dépistage est fait essentiellement par l’école. L'élève doit être suivi étroitement tout au long de son cours primaire afin d'éviter que l'échec s'installe.  

 

 

Les atouts des dyslexiques

Malgré tous les déficits soulignés, le dyslexique présente un certain nombre d’aptitudes. L'enfant dyslexique se distingue par son désir de bien faire et par sa bonne volonté malgré les difficultés auxquelles il doit faire face. 

  • Il fait preuve de courage et de ténacité.

  • On observe chez lui un intérêt particulier pour tout le scolaire.

  • Il a une capacité de travail supérieure à la normale. Il comprend vite que pour réussir il doit travailler plus que les autres. Cette capacité de travail est un atout non négligeable pour son insertion sociale.

  • Il est très pertinent à l'oral. Il comprend, s'intéresse, connaît les réponses, mais c'est au niveau de la transcription écrite de la connaissance que sa « différence » l’handicape.

  • Il a souvent de bons résultats en sciences et en particulier en mathématiques (à moins d'une dyscalculie).

  • Il a généralement une bonne visualisation dans l'espace. Ses capacités de perception et d’attention spatiales sont souvent supérieures à la normale. La géométrie dans l'espace (ex : rotation mentale…) lui paraît évidente.

  • Sa sensibilité est à l'origine d'une bonne intégration sociale et il est très populaire parmi ses pairs et son entourage.

  • Il est surtout doté d'une grande créativité.

  • Il a généralement beaucoup d'imagination.  

 

 

Les aides pédagogiques  

 

Quelques aménagements pédagogiques peuvent permettre à l’enfant dyslexique de mieux suivre les apprentissages et de manifester des compétences malgré les difficultés. De cette façon, on permet à chacun d’avancer à son rythme.  

Adaptations pédagogiques générales

·        donner du temps supplémentaire pour la lecture, la compréhension et les évaluations.

·        lire les consignes à haute voix

·        tests de lecture faits à l’oral avec l’enseignante ressource : l’enseignante lit le texte et les questions et l’élève répond oralement.

·        pas d’anglais pour les dyslexiques. L’espagnol est à privilégier.

·        ne pas faire lire le dyslexique à haute voix devant les autres pour éviter les blocages ou les moqueries.

·        faire lire souvent l’enfant dys à haute voix seul.

·        inciter l’élève à lire en suivant avec son doigt.

·        pour les plus jeunes, pratiquer le décodage à raison de 20 mn le matin et 3 fois par semaine pour les plus âgés.

·        limiter le nombre de mots à étudier de mémoire.

·        utiliser des sous mains de référence quand les problèmes de mémorisation sont trop importants (tableau des verbes, tables de multiplication…)

·        lui permettre d’utiliser un brouillon sur lequel l’enfant inscrit son savoir afin d’éviter une surcharge cognitive et un stress supplémentaire en situation d’évaluation (travail de transfert).

·        lire les questions avant de travailler le texte.

·        donner des moyens mnémo-techniques pour mémoriser les catégories grammaticales.

·        donner une photocopie du cours afin l’enseignant spécialisé puisse réadapter le support.

·        utiliser des gestes vecteurs de parole.

·        valoriser  l’enfant pour revaloriser son estime.


 Adaptations pédagogiques pour les dyslexies phonologiques

·        améliorer la discrimination auditive ( identification d’un son dans une liste de mots, manipulation des syllabes et des phonèmes, matérialisation des sons par des jetons, travail sur le rythme , charades, rébus, travail de catégorisation, classement par ordre alphabétique, gestes Borel-Maisonny, moyens mnémotechniques, sensations kinesthésiques…)

·        mettre l’accent sur la forme des mots (travail sur les rimes, créer des mots imaginaires à partir de morceaux de syllabes, jeu du scrabble)

·        travailler la lecture, le vocabulaire en global.

·        utiliser le contexte pour éviter les confusions de mots.

·        travailler la syntaxe et les capacités sémantiques et lexicales.

·        travailler la morpho-syntaxe (trouver le verbe associé à un mot, trouver le féminin d’un mot masculin…)

·        Automatiser la procédure d’assemblage (lecture de logatomes, retrouver les graphies d’un même phonème, utilisation du dictionnaire…)

Adaptations pédagogiques pour les dyslexies de surface

·        affiner la discrimination et l’attention visuelle (épreuves de barrage, jeu des différences, recherche de mots écrits en graphies différentes, mots mêlés, mots gommés, labyrinthes, figures mêlées, appariements, reconnaissance de la silhouette d’un mot, compter le nombre de mots identiques, lecture flash, discrimination de mots morphologiquement proches…)

·        travailler la mémoire visuelle (mémory, jeu de l’intrus, travail sur les représentations mentales, ….)

·        choisir des textes à caractère répétitif pour comprendre, mémoriser et enrichir le vocabulaire.

·        limiter la longueur des textes à lire.

Adaptations pédagogiques pour la production d’écrit

·        Privilégier la forme plutôt que le contenu .La programmation mentale d’exercices ciblés comme la production d’écrit, les exercices de grammaire de conjugaison …font intervenir des paramètres complexes (principe de la double tâche). Tant qu’une tâche n’est pas automatisée (acquise), l’enfant dys est toujours en surcharge cognitive. Par conséquent, les fautes d’orthographe, de syntaxe, de grammaire….ne seront pas sanctionnées à condition que l’enfant dys réponde à la consigne générale.

·        ne pas compter les fautes sur les lettres, les sons et règles non maîtrisées. Lui dire qu’on comptera les fautes lorsqu’il aura fait des progrès.

·        ne pas compter des fautes dans les matières autres que la langue :

·        commencer la production d’écrit en classe et la poursuivre avec l’enseignante spécialisée.

·        travailler l’écrit à l’ordinateur avec le correcteur d’orthographe sur des logiciels adaptés aux troubles dys (cf liste de matériels adaptés pour les dys).

·        utiliser les banques de mots pour les rédactions.

·        encourager l’enfant dys à produire de l’écrit même s’il ya des fautes.

Adaptations pédagogiques pour l’orthographe

·        déterminer un capital de mots à savoir orthographier (échelle Dubois-Bouysse)

·        s’assurer toujours que l’enfant connaît le sens des mots travaillés (offrir une image mentale si ce n’est pas le cas).

·        aider l’enfant à se constituer un dictionnaire personnel (carnet, lexique…)

·        utiliser la méthode visuo-sémantique pour mémoriser.

·        ne sanctionner en dictée que les mots préalablement étudiés dans l’échelle de mots choisie ou en relation avec la leçon étudiée.

·        faire des dictées écourtées; des dictées à trous ou des dictées à objectifs.

·        pratiquer une pédagogie de contrat avec l'élève avec une description précise des buts à atteindre (ex : savoir écrire tant de mots usuels, ne plus oublier les "s" du pluriel).

 

 

Adaptations pédagogiques en numération

·        aider l’enfant dys à cardinaliser (garder en mémoire la trace de la quantité d’une collection).

·        donner une aide mnémo-techniques pour la gestion des retenues

·        veiller aux erreurs phonologiques d’usage  (16 pour 13, 1 et 20, 5 et 7, 6 et 10 etc…

·        travailler la correspondance écriture du langage numéral (soixante-dix-huit ) et l’écriture numérique (6018).

·        travailler autour des erreurs syntaxiques d’usage existantes pour les grands nombres

·        travailler la discrimination « CDU » par palier de classes.

·        aider l’enfant à mémoriser des concepts scientifiques en proposant une image mentale.

·        aider l’enfant à isoler les éléments d’un tout.

·        aider l’enfant à synthétiser, à organiser…


Adaptations pédagogiques pour les situation-problèmes

·        travailler le vocabulaire dans les disciplines transversales comme le français pour les mots : chaque, chacun, par, plus, moins, autant que, moins que le plus, le moins…

·        lire à haute voix l’énoncé pour faciliter la compréhension et éviter la surcharge.

·        schématiser la situation problème.

·        utiliser des gabarits pour certaines opérations.

·        utiliser la calculatrice quand les faits arythmétiques sont trop coûteux (division…)

Adaptations pédagogiques en géométrie

·        agrandir les figures géométriques

·        dégager d’une figure complexe une ou des figures simples en les colorisant.

·        accepter que le tracé ne soit pas toujours précis et soigné surtout pour les TAC.

·        utiliser des logiciels adaptés lorsque les dyspraxies sont trop importantes (Géotraces, Géomesures…)

·        donner des points de repère pour faciliter les tracés (manipulation de la règle, du compas)

·        choisir un matériel facilitant la manipulation et la lisibilité (règle transparente, ciseaux ergonomiques…)

·        faciliter la lecture des énoncés en limitant les éléments parasites.

·        privilégier deux exercices maximum par page (support aéré).

 

Adaptations pédagogiques pour les matières d’éveil (Hist-Géo-Sciences-Technologie…)

·        faire les évaluations sous forme de Q.C.M., de manipulations d’étiquettes, de choix de réponse à partir d’une liste de mots pour ceux qui sont le plus en difficultés dans l’utilisation de la langue.

·        lire les consignes à l’enfant dys. lors des évaluations.

·        évaluer les connaissances à l’oral ou prise de notes pour les plus en difficultés.


Adaptations pédagogiques pour les langues vivantes

L’apprentissage d’une deuxième langue est souvent problématique. L’apprentissage d’un autre système de correspondance grapho-phonémique (ex : en anglais, 40 phonèmes pour 1120 graphèmes) ainsi que de nouvelles règles syntaxiques vont demander à l’enfant dyslexique une attention plus soutenue et une nouvelle automatisation. Les difficultés rencontrées dans l’apprentissage du français vont alors se retrouver dans la nouvelle langue.  

·        éviter les langues où la correspondance graphème – phonème n’est pas transparente. (anglais, allemand..) 

_ privilégier l’espagnol

·        fournir à l’élève des listes complètes de vocabulaire dactylographiées et non écrites par eux-mêmes afin d’éviter la mémorisation de mots mal orthographiés  - établir un carnet de règles de grammaire consultables à tout moment.